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Regard sur Mohenjo Daro, Pakistan.

Un site menacé de disparition : Mohenjo Daro

La cité de Mohenjo Daro, centre majeur de la civilisation de l’Indus au IIIe millénaire avant J.C., est située dans la province du Sindh au sud du Pakistan. Mis au jour dans les années 1920, ce site est le seul témoignage subsistant d’une métropole datant de l’âge du Bronze indien et constitue, à ce titre, l’une des découvertes les plus importantes du XXe siècle. Malgré son statut, le site, longtemps ignoré par les autorités pakistanaises, tombe aujourd’hui en ruine et pourrait avoir disparu d’ici vingt ans.

Les ruines de Mohenjo Daro révèlent un paysage urbain strictement planifié qui a livré d’importants vestiges tels que des puits, une citadelle et un grand bain. Son  système de canalisation et d’évacuation des eaux était également très avancé pour l’époque et sans précédent dans la région. Ainsi, cette cité de la vallée de l’Indus a exercé une influence considérable sur le développement urbain de la péninsule indienne. En dépit de l’importance des découvertes et de la richesse historique et archéologique du site, Mohenjo Daro ne bénéficie pas des fonds nécessaires à son entretien. Des travaux de préservation ont été menés après les premières fouilles en 1924 et se sont intensifiés après l’inscription du site au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1980, avant de s’atténuer peu à peu.

© Pascal Maitre

Privé des ressources humaines et financières nécessaires à son entretien, le site est aujourd’hui soumis à l’érosion par les cristaux de sel qui menacent de réduire en poussière les constructions en briques. Afin de ralentir la détérioration des murs, des ouvriers les recouvrent d’une couche protectrice de boue pour les préserver des conditions climatiques extrêmes, des intempéries, de l’humidité de l’air et des eaux de l’Indus qui participent à la formation de cristaux de sel. Pour faire un travail efficace, 350 ouvriers doivent s’atteler en continu à cette tâche  - malheureusement ce chiffre est bien loin d’être atteint puisque seuls 16 ouvriers travaillent parfois sur le site, comme ont pu l’observer les journalistes du quotidien britannique le Telegraph.

La situation précaire du site et le manque de fonds sont notamment dus à l’instabilité géopolitique de la région, la réallocation de fonds gouvernementaux pour faire face aux inondations et aux tremblements de terre ayant touché le pays ces dernières années, et l’indifférence des autorités et du public. Alerté par les révélations du Telegraph quant à la situation inquiétante du site, Bilawal Bhutto Zardari, fils de l’ancien premier ministre, s’est personnellement engagé à mener une campagne internationale de sensibilisation et de récolte de fonds. Des experts internationaux et des membres du gouvernement pakistanais se sont également rencontrés à Karachi pour élaborer un plan d’action pour la sauvegarde du site et la stabilisation des fonds qui lui sont alloués. Ils projettent ainsi d’entreprendre un sondage archéologique afin de déterminer la proportion du site toujours ensevelie (à ce jour, seulement un tiers du site a été excavé), et la prise de mesures d’urgence pour recouvrir les ruines les plus endommagées.

En février dernier, la cérémonie d’ouverture du festival culturel du Sindh s’est tenue à Mohenjo Daro, malgré les protestations de professionnels du patrimoine et les contre-indications de l’Unesco. Pour l’occasion, un grand échafaudage en bois et en acier avait été érigé juste au-dessus de la zone protégée et plus de 500 invités étaient attendus, en dépit de la loi pakistanaise sur les antiquités de 1975 qui interdit toute activité humaine à moins de 60 mètres d’un patrimoine national protégé. À l’heure actuelle, il est impossible d’estimer les dégâts causés lors de cette cérémonie.

L’état de Mohenjo Daro ne cesse de se dégrader. Aussi, Patrimoine sans frontières souhaite informer sur la situation de ce site qui, à son apogée entre 2500 et 1900 avant J.C., comptait parmi les centres les plus importants de la civilisation de l’Indus, et qui recèle encore de nombreux mystères sur ses habitants et leur mode de vie.

Sources :
- http://www.nation.com.pk
- http://www.telegraph.co.uk
- http://whc.unesco.org
- http://www.freenewspos.com

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