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Les "Regards sur" sont des articles qui ont pour objectif de faire connaître le monde du patrimoine culturel et de sensibiliser le grand public aux différentes causes de ce secteur. Ils sont écrits par les bénévoles de Patrimoine sans frontières.

Regard sur le patrimoine omanais

Le Sultanat d’Oman entre parmi les destinations touristiques privilégiées en raison notamment de ses plages, sur lesquelles les tortues viennent pondre, ou encore ses oasis ; écrin de verdure dans un désert de cailloux profitant d’un pays calme et neutre dans la politique régionale.

L’archéologie et l’histoire du pays restent relativement peu étudiées. Des montagnes du Jebel Shams (point culminant du pays) aux côtes découpées du Ja’alan (pointe orientale), ce paysage est habité de vestiges reflétant une occupation millénaire : les tombes de l’Âge du bronze aux villages en terre crue occupés jusqu’au XXe siècle ; les nombreux forts médiévaux illustrant la succession des dynasties au pouvoir et de l’occupation portugaise ; sans évoquer qu'Oman a occupé et occupe encore une place centrale dans le commerce maritime.

Le Sultanat d’Oman est un pays situé au sud-est de la péninsule arabique entourée par le désert du Rub al Khali, le « quart vide » de la péninsule arabique, la mer d’Arabie, le Yémen et le golfe arabo-persique.  Acteur essentiel dans les échanges de la péninsule arabique, sa situation privilégiée en a fait le cœur du commerce par voie terrestre et maritime. Les grandes caravanes qui partent du sud de la péninsule forment la route de l’encens.

Sur la mer, l’Oman est un passage obligé entre l’Asie et l’Afrique. Une situation enviée qui en fera un comptoir portugais pendant 150 ans.

Le coeur du pays est organisé autour de la chaîne de montagnes du Al-Hajar, longue colonne vertébrale de plus de 600 km. On croise sur ses piémonts des oasis : Nizwa, Adam, Bahla ou encore Izki, qui pour beaucoup ont été occupées dès l’Âge du bronze.

Fig. 1 : Vue du site de Ra’s al Jinz recouvert.

Les recherches archéologiques ne se sont développées dans la péninsule arabique qu’à partir des années 1950 notamment avec le développement de l’exploitation industrielle des ressources pétrolières et l’intérêt grandissant pour y trouver les pays anciens de Dilmun ou Magan, acteurs des échanges avec la Mésopotamie et mentionnés dans la littérature mésopotamienne.

Les fouilles se multiplient dans la région à la fin des années 1960 et pendant les années 1970 à Bahraïn, Tarut, au Qatar, aux Emirats Arabes Unis et au Sultanat d’Oman.

Les missions françaises et internationales se développent et se multiplient avec des fouilles d’habitats de l’Âge du bronze, du fer, préislamique et enfin islamique.

Quatre ensembles de sites sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO : le système d’irrigation des aflaj (2006) ; les sites archéologiques de Bat, al-Khutm et al Ayn (1988) exemple du développement de l’agriculture oasienne à l’âge du bronze avec ses habitats, nécropoles et tours monumentales ; le fort de Bahla (1987) illustrant les grandes constructions de forts de la dynastie des Banu Nabhan au pouvoir entre le XIIe et le XVe siècle et la richesse des architectures religieuses alors construites avec les mihrab finement décorés de cette époque ; la terre de l’encens (2000) des arbres aux ports du commerce de l’encens. De plus, quatre sites archéologiques sont inscrits sur la liste indicative : les forts de Rostaq et al-Hazm, les sites de Qalhat, Ras al Jinz (fig.1), Bisya et Salut.

Fig. 4 : Tour monumentale de l’âge du Bronze à Bat.

Les sites archéologiques de Bat, al-Khutm et al-Ayn sont des exemples particulièrement bien conservés des sites datés de l’Âge du bronze ancien (périodes Hafit et Umm an-Nar). Ces sites sont constitués de nécropoles, de tours funéraires monumentales construites en pierres sèches. Elles sont situées sur les sommets surplombant les habitats (fig. 2 et 3). Ces tombes tours collectives datées de la période Hafit (3100-2600 avant notre ère) sont visibles dans tout le Sultanat d’Oman, ponctuant le paysage de rangées de tours plus ou moins bien conservées comme marqueurs de territoire pouvant atteindre jusqu’à 6m de haut (Shir Jaylah). Sur ces sites se trouvent également des tombes plus grandes à plusieurs chambres funéraires, en pierres taillées caractéristiques de la période suivante Umm an-Nar (2600-2000 avant notre ère). Les vestiges d’un habitat sont également présents sur le site de Bat, constitué de plusieurs niveaux d’occupation, il comporte des zones d’atelier, des maisons rectangulaires, des structures destinées à l’irrigation des oasis anciennes, ainsi que des tours monumentales. Ces dernières sont présentes dans plusieurs sites du Sultanat d’Oman (Bisyah, Salut, Maysar). Elles ont pu être construites en briques crues, en pierres ou à l’aide des deux matériaux. À Bat, sept de ces tours monumentales ont été identifiées (fig. 4). Elles mesurent en moyenne une vingtaine de mètres de diamètre, et possèdent un puits en leur centre et ont pu être liées aux structures d’irrigation ou servir de délimitation de l’oasis, de résidences fortifiées pour une élite, ou de tours de guet.

Elles rappellent les 32 forteresses mentionnées dans les textes mésopotamiens, prisent par Manishtushu au IIIe millénaire avant notre ère dans le pays de Magan. Ce dernier présent à plusieurs reprises dans les textes mésopotamiens, représente ce que l’on appelle péninsule omanaise constituée des Emirats Arabes Unis et du Sultanat d’Oman.

À l’image de la campagne engagée depuis plus de 10 ans de restauration des villages en terre crue caractéristiques des oasis de l’Oman (fig. 5 et 6), de grands projets de restaurations ont lieu dans le Sultanat tels que la réhabilitation et reconstruction du fort de Bahla (fig. 6 et 7) qui est désormais ouvert au public et ses quartiers résidentiels adjacents. À terme, ces oasis sont destinés à accueillir des touristes et à enrichir un tourisme culturel grandissant dans le Sultanat. Suivant la même politique culturelle, le musée national d’Oman a ouvert ses portes le 30 juillet 2016 et présente le long de ses 14 galeries le patrimoine matériel et immatériel du pays de la préhistoire aux traditions récentes.

Le développement grandissant des villes et des infrastructures routières du Sultanat d’Oman, grignotant toujours un peu plus d’espace, menace de nombreux sites archéologiques. Ces vestiges parfois très difficiles à identifier au sol permettraient une meilleure connaissance et compréhension du passé de ce pays, les recherches étant encore très jeunes. La sensibilisation au patrimoine est grandissante, que ce soit avec l’ouverture du musée, mais également le développement de parcs archéologiques, la communication à travers les journaux, ou encore le développement de l’archéologie préventive qui vont permettre de limiter les destructions de sites à l’avenir.

 

Fig. 7 : Fort de Bahla en cours de restauration.

 

Sources:
CLEUZIOU S., TOSI M.2007, In the Shadow of the Ancestors : The prehistoric Foundations of the Early Arabian Civilization in Oman, Ministry of Heritage and Culture, Sultanat d’Oman.
GIRAUD J., GERNEZ G. (ed.), 2012, Aux marges de l’archéologie. Hommage à S. Cleuziou, De Boccard, Paris.
POTTS D.T., 1990, The Arabian Gulf in Antiquity I : From Prehistory to the Fall of the Acahemenid Empire, Clarendon, Oxford.
ROUGEULLE A., 2016, « Le Projet Qalhât. Etude et mise en valeur d’un site médiéval omanais », Routes de l’Orient 2, Hors-Série n°2, Archéologie en Arabie.
THORNTON C.P., CABLE C.M., POSSEHL G.L. (ed.), Bronze Age Towers at Bat, Sultanate of Oman. Research by the Bat Archaeological Project 2007-2012, University of Pennsylvania, Museum of Archaeology and Anthropology, Philadelphie.

Ce Regard sur a été écrit par Sabrina Righetti.
Crédit photos : Sabrina Righetti

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Fig. 2 : Vue de Bat avec les tours funéraires au sommet des collines en arrière-plan

Fig. 2 : Vue de Bat avec les tours funéraires au sommet des collines en arrière-plan

Fig. 3 : Tours funéraires de la période Hafit – Al Ayn

Fig. 3 : Tours funéraires de la période Hafit – Al Ayn

(commons.wikimedia.org)
Fig. 5 : Village en terre crue en cours de restauration à Adam.

Fig. 5 : Village en terre crue en cours de restauration à Adam.

Fig 6 : Matériaux utilisés dans la restauration des villages en terre crue – Adam.

Fig 6 : Matériaux utilisés dans la restauration des villages en terre crue – Adam.

Fig. 8 : Fort de Bahla vue de l’intérieur

Fig. 8 : Fort de Bahla vue de l’intérieur

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