Le village de Battir et la vallée de Crémisan : patrimoines palestiniens en danger.

Le 4 février 2014

Le village historique de Battir, aux terrasses vieilles de plus de 4 000 ans, et la vallée de Crémisan — vallée recouverte d’oliviers et de citronniers, productrice du vin de messe de toute la Terre sainte — sont aujourd’hui menacés par le mur de séparation prévu par les autorités israéliennes.



En effet, les collines du village de Battir, situées en contre-bas de Bethléem, disposent d’un système complexe d’irrigation qui utilise des terrasses agricoles artificielles délimitées par des murets de pierres sèches et d’un système de canaux permettant de détourner l’eau manuellement à l’aide de vannes jusqu’aux plateaux cultivés. Si le système d’irrigation des parcelles, doté en outre d’un petit aqueduc antique creusé dans la roche, date de l’époque romaine, le paysage de terrasses agricoles remonterait, selon les historiens, à l’époque des Cananéens, soit au IIIe millénaire avant Jésus-Christ. Ce réseau de terrasses irriguées serait « le plus long réseau de terrasses de toute la Palestine » selon un guide palestinien.

Le maire de Battir, Akram Bader, a expliqué à l’AFP que la construction du mur provoquerait la « destruction des parties du système d’irrigation qui existe depuis 2 500 ans, y compris les canaux de pierre romains ». Les plans prévoient en effet de séparer définitivement le village des terrasses agricoles, causant inéluctablement leur abandon. Il causerait ainsi, non seulement la destruction d’un paysage naturel et culturel d’une valeur unique, mais aussi la destruction de pratiques agricoles ancestrales.

Le cadre exceptionnel et la richesse du village de Battir et de la vallée de Crémisan sont reconnus internationalement. Un écomusée visant à préserver le paysage et le patrimoine immatériel de Battir a été fondé avec le soutien de l’UNESCO et de fonds italiens. Un dossier a déjà été réalisé en vue du classement du site au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Différentes voix se sont levées pour protester contre l’extension du mur. Ainsi, le recours présenté par l’ONG Les Amis de la Terre/Moyen-Orient a notamment reçu le soutien de l’Autorité israélienne des réserves et parcs naturels, au nom de la protection de l’environnement et du site. Le Consul général de France s’est également rendu dans la vallée de Crémisan pour manifester son soutien aux populations.



Patrimoine sans frontières joint sa voix aux appels lancés par les ONG, autorités religieuses et municipales, personnes publiques et privées, qui s’inquiètent du risque de disparition totale et définitive des patrimoines culturels, naturels et immatériels du village de Battir et de la vallée de Crémisan que provoquerait inéluctablement l’extension du mur de séparation.

Source : http://www.assawra.info/spip.php?article6042
Sources images : (c)FLICKR/CatholicChurch-EnglandandWales & (c)WIKIPEDIA/Idobi

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